Krisma, télé sans concept ni complexes (Liberation, 1999)

Dans le maquis des programmes relayés par le bouquet satellite TPS, les abonnés peuvent dénicher (sur le canal 173) une télé véritablement révolutionnaire, répondant au nom de Krisma-TV.

Qu’y voit-on? Tout et n’importe quoi. Jour et nuit, ce canal diffuse des séquences d’images «piratées» à gauche et à droite, vaguement retravaillées à l’ordinateur puis envoyées pêle-mêle sur fond de musique techno. C’est une chaîne sans grille et sans objet précis, une télé du rien qui trouverait facilement sa place au rayon aquarium d’une grande surface, ou bien dans une cabine de video art au sein d’un musée d’art moderne. Une télé fascinante, à déconseiller aux épileptiques et aux fidèles de TF1.

Krisma-TV
KTV logo

Cette mystérieuse Krisma-TV est relayée par Hotbird 4, un satellite de l’organisation Eutelsat, et arrose l’Europe, l’Afrique du Nord et une partie du Moyen-Orient.
Elle a débarqué en juillet dernier sans crier gare; depuis décembre, ses émissions sont reprises par TPS (le bouquet de TF1, M6 et France Télévision). Un peu désorienté par cette télé-aquarium où parfois se glissent quelques seins et fesses, l’opérateur la présente comme une chaîne «adulte»: pour y accéder, il faut entrer sur la télécommande un «code parental» (le «0000» fera l’affaire, sauf exception ­ se renseigner auprès de ses parents).

Maurizio et Cristina se sont fait connaître dans les années 70 en fondant un groupe de musique électronique ­ Chrisma, puis Krisma ­ qui a sévi à Londres, à New York puis en Italie. Pendant huit ans, ils ont animé sur RAI 3 une émission (Sat Sat) qui leur a permis de faire leurs armes dans la vidéo déjantée. Les voici aujourd’hui repliés sur Riccione, recycleurs hallucinés des «images perdues».

Krisma-TV

La seule information sur Krisma dont dispose TPS, c’est un numéro de téléphone en Italie. Celui du Cocorico, boîte de nuit de Riccione, une petite ville de Romagne (côte Adriatique).

C’est Maurizio Arcieri qui répond. Dans un mélange d’italien, de français et d’anglais, l’homme fait comprendre qu’il est un «artiste» et que Krisma est le fruit du travail de deux personnes: sa compagne, Cristina Moser, et lui. Depuis la discothèque, avec quelques PC, magnétoscopes et tuners, le couple arrose trois continents de son délire.

«Nous sommes partis au secours des images perdues dans le ciel, explique Maurizio. Nous n’avons pas d’argent, pas de pub, mais beaucoup de spectateurs: ils tombent sur nous par hasard, reviennent par curiosité et restent par fascination.»

Les deux artisans de Krisma-TV ont su s’attirer les bonnes grâces d’Eutelsat, qui «diffuse notre programme à titre expérimental et gracieux» grâce au système Skyplex (lire ci-contre). Faux, répond-on chez Eutelsat, qui assure être rémunéré par un sponsor.
Peu importe: si Krisma ne paie rien pour émettre, elle ne touche rien non plus. Son espoir: être intégrée un jour dans un bouquet à péage, qui lui reverserait quelques francs par abonné et lui permettrait de vivre.

Edouard Launet

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